Regard vers le ciel

 Naissance de l'astronomie

Certaines chroniques chinoises, japonaises, coréennes contiennent les plus anciennes observations qui nous soient parvenues. L'astronomie occidentale étant restée très en retard sur celle de l'Extrême-Orient jusqu'au XIVème siècle, ces documents sont encore d'un grand intérêt.

 Des tablettes d'argile datant du roi Sargon d'Akkad, vers 2600 av J.C. témoignent qu'à cette époque les hommes étudiaient depuis longtemps le ciel avec attention. Leurs mesures étaient étonnamment précises.

 Les Egyptiens, probablement influencés par les Chaldéens, ont atteint également un haut degré dans la connaissance du ciel. Leur renommée était grande dans l'Antiquité. C'est d'Egypte que les premiers sages grecs puisent leurs connaissances.

 Mais jusqu'à cette époque, l'observation du ciel, domaine des dieux, était faite dans un but pratique. En Chine, ce savoir servait de règle au peuple comme aux souverains, conservateurs suprêmes sur terre des lois du ciel. A Babylone, le passage des planètes dans le zodiaque, formé des trente-six constellations découvertes, était censé révéler des messages symboliques sur la destinée humaine, origine probable de l'astrologie. En Egypte, les connaissances, tenues secrètes, réservées aux prêtres de Memphis et au dieu-pharaon étaient en usage au cours des cérémonies initiatiques.

 Au VIème siècle, sur la côte ionienne, un phénomène nouveau se produit. Des penseurs cherchent à expliquer les mouvements des planètes. Ils découvrent des lois qui les régissent. De grands esprits édifient des théories qui donnent de l'Univers des modèles différents. Mais tous sont frappés par la beauté et l'harmonie du monde.

 Thalès, comme Homère, croyait que la Terre était un disque flottant sur l'eau. Elle-même a été créée à partir de l'eau qui est l'élément naturel puisque tout naît de l'humide, même l'air qui n'est que de l'eau évaporée.

 Pour Anaximandre (610 av. J.C), tout résulte de l'interaction des contraires, le chaud et le froid, la lumière et l'ombre. La Terre est un cylindre aplati flottant dans l'air, la voûte céleste une sphère dont les astres font le tour. Au-delà de la sphère il y a le feu. Le soleil n'est pas un objet mais un trou dans la sphère. Comme la sphère se déplace, le trou par où l'on aperçoit le feu se déplace également.

 Pour Pythagore, le cosmos a une géométrie harmonieuse gouvernée par les lois des chiffres car les nombres sont le principe et la source de toutes choses. Au centre se trouve un grand feu invisible autour duquel des objets ayant la forme mathématique la plus parfaite, la sphère, décrivent des cercles parfaits. Ces objets sont, par ordre croissant de distance et par rapport au feu central l'anti-Terre, la Terre, la Lune, le Soleil et les cinq autres planètes connues Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne et la sphère des étoiles. L'anti-Terre est postulée pour porter le nombre total d'objets à dix, nombre parfait et pour de surcroît, protéger la Terre du feu central. Leurs mouvements, en parfaite harmonie musicale, engendrent la musique des sphères.

 Aristarque (vers 310 avant J.-C.) dernier grand disciple de Pythagore, proclame que le Soleil et non la Terre est le centre des révolutions planétaires, intuition géniale vite étouffée  - car elle ne pouvait que troubler le repos des dieux  -  mais que Copernic redécouvrira des siècles plus tard.

 Tous ces univers cependant n'expliquaient pas l'étrange et singulier mouvement des planètes qui, nuit après nuit, changent de position par rapport aux étoiles progressant régulièrement d'ouest en est. Ce mouvement était à l'origine du mot "planète" qui signifiait en grec vagabond. Les étoiles, elles, paraissaient fixes les unes par rapport aux autres. De plus, de temps à autre, les planètes semblaient s'arrêter et inverser leur mouvement par rapport aux étoiles. Nous savons aujourd'hui que ces mouvements rétrogrades résultent du fait que nous les observons de la Terre, elle-même en mouvement.

 Eudoxe, un jeune contemporain de Platon, veut construire un Univers où les mouvements des planètes seraient fidèlement reproduits et conformes aux observations. Il comprend que ces mouvements observés peuvent être expliqués par la superposition de plusieurs mouvements circulaires des planètes. Au total, il lui faut imaginer 33 sphères pour rendre compte des observations faites à son époque. Il y a des erreurs dans la description de ce système planétaire mais Eudoxe est le premier à construire un univers scientifique.

 Pour reproduire de façon plus précise les mouvements des planètes, Aristote (vers 350 av. J.C.) fait passer le nombre de sphères à 55. La Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne tournent sur des sphères cristallines concentriques centrées sur la Terre immobile et chaque sphère tourne autour d'axes différents de façon que la superposition de ces mouvements reproduise le mouvement observé. La Terre et la Lune appartiennent au monde changeant et imparfait constitué de terre, d'eau, d'air et de feu et où règnent la vie, la mort et la corruption. Tous les corps pesants tendent vers la Terre et y trouvent le repos, tandis que les corps légers s'élèvent vers le ciel.

Ptolémée (IIème siècle.ap. J.C.) fait la synthèse de toutes les hypothèses émises pendant quatre siècles et élabore un Univers géométrique qui est accepté pendant plus de 1500 ans. La Terre est au centre de tout. Sa sphéricité  avait été démontrée par Eratosthène (vers 250 av. J.C.) qui vivait à Alexandrie. Il avait appris qu'à Syène (aujourd'hui Assouan), les colonnes des temples, le 21 juin, jour le plus long de l'année, ne projetaient pas d'ombre à midi. Par ses observations et ses calculs, il évalua  à     40 000 km la circonférence de la Terre, ce qui est très proche des mesures actuelles (40 075 017 m). Ptolémée veut donner une solution à deux problèmes mis en évidence par des observations précises : les mouvements "anormaux" des planètes et la variation de la distance de la lune et des planètes à la Terre. Il imagine de placer les planètes sur des sphères ayant leurs centres sur la surface des sphères célestes. Il peut ainsi prédire les mouvements des planètes qu'il publie dans l'Almageste (Le Grand Astronome).

 Une vérité intouchable

 A partir du Vème siècle et pendant environ 1 000 ans, la théologie règne en maître sur la science en Occident. Tous les scientifiques du Moyen Age sont des théologiens. La Bible est leur référence. La Genèse explique la Création de l'Univers. Si des Pères de l'Eglise comme Saint Augustin avaient fait remarquer quelques invraisemblances  - l'Arche de Noé par exemple, dans laquelle on fait entrer un couple de tous les animaux de la Terre - le Clergé refusait d'interpréter comme symbolique certains détails du Livre Saint. La religion catholique repose sur des Vérités intouchables.

 Au XIIIème siècle, le moine dominicain Saint Thomas d’Aquin insuffle une dimension spirituelle à l'Univers géocentrique d'Aristote. La lune, le soleil, les planètes et les étoiles tournent autour de la Terre sphérique et immobile. Au-delà de la sphère des étoiles existe une sphère supplémentaire, la sphère primaire dotée par Dieu d'un mouvement de rotation constant. Dieu est présent au-delà de la sphère primaire, dans l'empyrée, domaine des feux éternels, et veille au bon fonctionnement de l'Univers, secondé dans sa tâche par une armée d'anges. Dans la zone sous-lunaire se trouvent le purgatoire et la Terre domaine des hommes et de la mortalité. Dans les entrailles de la Terre se situe l'enfer, antre des démons et du Mal. Le bleu diurne du ciel est la lumière éthérée de Dieu. Diables et démons peuplent la nuit. La succession du jour et de la nuit est le résultat du combat entre le Bien et le Mal.

 Paradoxalement, c'est la réintroduction de la théologie dans la cosmologie qui fait progresser la science dans l'étude et la description de l'Univers. Des hommes d'église considèrent que l'Univers de Saint Thomas d'Aquin était fini, limité par l'empyrée. Or Dieu infini et omniprésent réside en tout lieu. Puisque Dieu est infini, pourquoi l'Univers ne  serait-il pas infini ? Pourquoi Dieu ne serait-il pas le centre de l'Univers ? Et puisque Dieu est présent en tout lieu et centre de l'Univers, tout lieu de l'Univers doit être un centre. Cette idée, connue aujourd'hui sous le nom de principe cosmologique sera reprise par Einstein cinq siècles plus tard.

 Et pourquoi Dieu tout puissant ne pourrait-il pas vaincre l'immobilité de la Terre et la faire tourner ?

 La théorie copernicienne

 C'est un autre homme d'Eglise, le chanoine polonais Copernic, qui déloge la Terre de la place centrale où elle avait été mise. Les principes d'Aristote, considérés comme évidents depuis 2 000 ans, sont remis en cause. Copernic place le centre de l'Univers près du Soleil. La Terre est reléguée au rang des autres planètes qui, toutes, tournent autour du SoleiL A distance croissante du Soleil viennent Mercure, Vénus, Terre, Mars, Jupiter et Saturne. La Lune seule conserve la Terre comme centre de son orbite. Les planètes continuent à être poussées par des Anges, mais l'homme a perdu sa place centrale dans le cosmos.

 Copernic publie sa théorie dans son livre "De la Révolution des Sphères célestes»  en 1543, juste avant sa mort. Pour échapper aux sarcasmes de ses pairs, Osiander, son disciple, chargé de surveiller l'impression de l'ouvrage de son maître ajoute une préface pour expliquer que la théorie présentée n'est qu'une hypothèse destinée à faciliter les calculs et non une explication de la réalité.

 Cette prudence permettra à l'ouvrage de Copernic d'échapper pendant longtemps aux censures ecclésiastiques.

 Giordano Bruno (1548-1600) n'aura pas la même chance.

 Après une quinzaine d'années de vie monastique, ce brillant théologien montre également du scepticisme à l'égard de certains dogmes. Après plusieurs années de vie errante à travers une Europe déchirée par les guerres civiles, il accepte à Venise l'hospitalité d'un noble de la ville qui ne tarde pas à livrer Bruno au tribunal de l'Inquisition, le système de l'Univers qu'il proposait étant contraire à l'Ecriture. Il est emprisonné à Rome le 27 février 1593 et interrogé pendant sept ans.

 Giordano Bruno démontrait la cause du mouvement de la Terre et de l'immobilité du firmament "par des raisons certaines, disait-il, qui ne portent nul préjudice à la divine Écriture ". A l'idée d'une création dans le temps, il oppose la doctrine de l'Univers infini et éternel, composé de mondes innombrables, car, dit l'accusé, «qui nie l'effet infini, nie la puissance infinie". Il affirme que les deux principes réels et éternels de toute existence sont l'Ame du monde et la matière originelle. L'âme humaine n'est qu'une expression transitoire de l'Ame du monde, comme le corps l'est de la matière universelle. Puisque la substance est éternelle, rien ne s'engendre ni se corrompt. La vie et la mort ne sont que des modes transitoires. Il n'y a pas de changements de substance, mais seulement des modifications dans les formes particulières qu'elle assume.

 Giordano Bruno refuse de dire que ses idées étaient hérétiques. Le 20 janvier 1600, les Très Illustres Cardinaux livrent le frère Giordano au bras séculier.

 L'exécution a lieu le 16 février.

 L'astronomie nouvelle de Galilée

 Seize ans après Giordano Bruno naît à Pise Galileo  Galilei. En 1583, un ami de sa famille l'initie aux mathématiques. Il s'engage définitivement dans cette voie et obtient la modeste chaire de mathématiques à Pise, puis à l'Université de Padoue. Son enseignement traite assez peu des mathématiques mais de problèmes appliqués à des machines simples, leviers, poulies, treuils, notions intéressantes à une époque et dans une cité où le machinisme artisanal commence à se développer. La sphère est une autre matière de son enseignement. Il expose alors, selon la méthode scolastique, le Traité du Ciel d'Aristote et l'Almageste de Ptolémée. Il affirme que la Terre est au centre de la sphère céleste et il le démontre :

 Plusieurs raisons probantes pourraient être apportées en confirmation de cette thèse, en voici quelques-unes (...) Et, d'abord, nous dirons que si la Terre n'était pas située au centre, elle serait plus rapprochée de l'Orient que de l'Occident ou inversement (...) ou bien encore elle s'élèverait et se rapprocherait de la partie du ciel située au-dessus de nous ou, au contraire, elle s'abaisserait vers la partie opposée ; ou même elle serait portée plus vers septentrion que vers le midi ; mais aucune de ces positions ne peut se concevoir sans quelque répugnance.

 Et pourtant, Galilée n'ignore pas le système de Copernic. Mais il n'ose pas, dit-il, enseigner les arguments de cette thèse, parce que la plus grande majorité des philosophes s'en seraient moqués.

 Au mois de juin 1609, lors d'un séjour à Venise, Galilée apprend qu'un artisan hollandais venait d'inventer une lunette capable de rapprocher et d'agrandir les objets.

 Il y a deux mois environ, le bruit a couru par ici qu'en Flandre avait été présentée au comte Maurice (de Nassau) une lunette fabriquée avec tant d'ingéniosité, qu'elle faisait apparaître les choses très éloignées comme si elles étaient toutes proches, de sorte qu'un homme distant de deux milles pouvait être vu distinctement. Ce résultat si merveilleux m'a donné à réfléchir ; et comme il semblait se fonder sur les lois de la perspective,  je me suis mis à penser aux moyens de fabriquer (l'instrument) : j'y parvins finalement et si parfaitement que j'en construisis un qui surpassait en puissance celui de Flandre.

 Le télescope de Galilée, de la taille de ceux qu'on trouve aujourd'hui dans les magasins, était capable de grossir 32 fois. A la terrasse de sa maison, tous les soirs, Galilée explore le ciel, observe les astres, note leurs positions et les changements qui s'opèrent :

 Mais ce qui passe en merveille toute imagination et nous a surtout amenés à nous adresser à tous les astronomes et philosophes, c'est d'avoir découvert quatre étoiles errantes que personne avant nous n'avait connues ni observées : comme Vénus et Mercure autour du Soleil, elles ont leur propre révolution autour d'un Astre principal  (Il s'agit de Jupiter et de ses satellites) déjà connu, que tantôt elles précèdent et tantôt elles suivent, sans jamais s'en éloigner au-delà de certaines limites. Et toutes ces choses furent découvertes et observées, il y a peu de jours, à l'aide d'une lunette que j'ai construite.

 Grâce aux observations méthodiques du ciel étoilé, ce qui pour Giordano Bruno avait été une intuition géniale de la généralisation à l'infini du système de Copernic devient pour Galilée une illustration de ce même système. Il associe à des faits observés des calculs dont les déductions lui suggèrent d'autres prévisions et d'autres vérifications. Mais pendant qu'il proclame partout la valeur des théories de Copernic circule un manuscrit, "Contro il movimento della Terra", qui met en accusation les "galiléistes". L'auteur de ce pamphlet invoque l'autorité des Ecritures :

 Peut-être ces misérables voudraient-ils recourir à l'interprétation des Ecritures et s'écarter du sens littéraire ? Ils n'oseront pas le faire : parce que tous les théologiens, sans exception aucune, disent que lorsque l'Ecriture se peut entendre, selon la lettre, il ne faut jamais l'interpréter autrement (...) Lorsqu'on discute des significations de l'Ecriture et que l'on s'oppose à la sentence universelle des Pères, on peut dire d'une telle proposition qu'elle est téméraire. De plus, les théologiens tiennent pour règle générale qu'une grande erreur en philosophie est aussi bien suspecte en théologie, surtout lorsqu'elle a trait à l'Ecriture, comme c'en est ici le cas...

 Et l'auteur conclut  

 que la Terre est au centre du monde, immobile à cause de sa propre pesanteur, et que le Soleil, situé dans le quatrième ciel, tourne autour de la Terre, que la Lune, enfin, comprenant des parties plus raréfiées et d'autres plus denses, n'est ni montueuse ni inégale, mais lisse et ronde, comme on l'a cru jusqu'à présent.

 Le plus grand philosophe de Padoue le célèbre Crémonini, pourtant ami de Galilée, refusera de regarder au travers de la lunette. Un tube métallique, équipé de deux lentilles, peut-il remplacer la vue que Dieu nous a donnée ?

 Dès février 1609, Galilée manifeste le désir de rentrer dans sa patrie d'origine. En 1610, il s'installe à Florence. Son succès et la protection des Médicis ne désarment pas cependant ses ennemis qui l'accusent de supercherie ou d'hallucination.

 Dans la seconde moitié de 1618, trois comètes apparaissent successivement. En juin 1619, un disciple de Galilée, Mario Guiducci, vient lire devant l'Académie florentine un Discours sur les comètes longuement inspiré par son maître qui déclare totalement fausse l'explication de Grassi, mathématicien. Grassi publie "La balance astronomique et philosophique" où il s'en prend à Galilée pour le sortir de son silence. En réponse, Galilée rédige le Saggiatore (l'Essayeur) son chef-d’œuvre polémique. Il y développe l'idée essentielle que les progrès de la connaissance physique passent par le langage scientifique. La poésie n'est pas la science.

 La philosophie est écrite dans cet immense livre qui, continuellement, reste ouvert devant les yeux (ce livre qui est l'univers); mais on ne peut pas le comprendre si, d'abord, on ne s'exerce pas à en connaître la langue et les caractères dans lesquels il est écrit. Il est écrit dans une langue mathématique, et les caractères en sont les triangles, les cercles, et d'autres figures géométriques, sans lesquelles il est impossible humainement d'en saisir le moindre mot ; sans ces moyens, on risque de s'égarer dans un labyrinthe obscur.

 Galilée s'attache à terminer la rédaction de ce qui sera le Dialogue sur les deux plus grands systèmes du monde où, sur le ton de la conversation entre trois personnages, on passe de la preuve dialectique en s'appuyant sur le bon sens à la preuve expérimentale. Galilée y traite la résistance des matériaux. Il présente la plus neuve des sciences, la dynamique. Il expose les lois du mouvement uniforme, du mouvement naturellement accéléré et étend son étude à la trajectoire des projectiles. Après avoir obtenu l'autorisation d'imprimer, l'ouvrage sort des presses en février 1632 dans des conditions confuses qui font murmurer les adversaires de Galilée.

 Après l'autorisation du Dialogue, la Curie romaine ouvre franchement les hostilités. Le cardinal inquisiteur et frère du Pontife, donne ses instructions à l'Inquisiteur de Florence et le 22 juin 1633 a lieu dans la grande salle du monastère dominicain de Santa Maria sopra Minerva le jugement. A genoux, Galilée doit répéter l'acte solennel de renoncement à ses erreurs.

 Moi, Galilée, fils de feu Vincenzo Galileo, Florentin, âgé de soixante-dix ans, personnellement présent devant ce Tribunal, agenouillé devant vous, très Eminents et Révérends Cardinaux, Inquisiteurs généraux dans toute la République chrétienne contre la perversité hérétique ; ayant sous les yeux les sacro-saints Evangiles que je touche de mes  propres mains

Je jure que j'ai toujours cru, que je crois maintenant et qu'avec l'aide de Dieu je continuerai à l'avenir à croire tout ce que tient pour vrai, prêche, enseigne la Sainte Église catholique et apostolique (...) .

 On accorde à Galilée le droit de demeurer dans sa villa à Florence. Malgré la fatigue, la lassitude, la maladie, il se remet au travail. Durant les dernières années de sa vie, il restera tout occupé à convaincre, à expliquer, à corriger ses propres démonstrations. Le 3 décembre 1639 il écrit dans une lettre à Benedetto Castelli :

 lI n'est que trop manifeste, mon Très Révérend Père, que le doute en philosophie est le père de l'invention et que c'est par le doute que l'on s'achemine vers la découverte de la vérité.(...) .

 Galilée meurt le 8 janvier 1642.

 Ce n'est que par une série de mesures partielles, prises entre 1757 et 1822, que l'on reviendra sur l'interdiction générale de publier, en terre catholique, des œuvres défendant l'immobilité du Soleil.

L'Univers de Newton

 En même temps que Galilée étudie les lois du mouvement et de la pesanteur, Kepler (1571-1630) élabore à partir des relevés de Tycho Brahé dont il fut l'élève les lois qui substituent, au mouvement circulaire des planètes, des ellipses et fonde la mécanique céleste. Isaac Newton (1643-1727) fait la synthèse des travaux de Galilée et de Kepler et montre qu'une loi unique, la gravitation universelle, explique le mouvement des astres et celui des projectiles sur terre.

 L'ouvrage de Newton "Les Principes mathématiques de la Philosophie naturelle" écrit en latin et publié en 1687, est peut-être l'ouvrage qui a eu le plus d'influence de tous ceux écrits sur la physique. Pourtant, il faillit ne jamais être publié. L'Académie des Sciences Anglaises  à laquelle Newton en tant que membre avait présenté son ouvrage, ne trouvait pas les fonds nécessaires à sa publication. C'est un de ses amis, Edmond Halley, astronome du roi, qui prit les frais à sa charge. Celui-ci avait une telle estime pour Newton qu'il composa une ode en son honneur qui se terminait par ce vers : "Plus près des Dieux, nul mortel ne peut approcher". Mais l'œuvre de Newton ne recueillit pas immédiatement l'approbation des scientifiques "officiels". La première édition des Principia fut tirée à 250 exemplaires et la seconde, 26 ans plus tard à nouveau en 250 exemplaires. La première traduction en français parut en 1756, 30 ans après la mort de Newton.

 Newton change le visage de l'Univers. Il crée, en même temps que Leibniz, mais indépendamment de lui, le calcul infinitésimal, outil fondamental au développement des mathématiques. Il est le premier à décomposer la lumière avec un prisme. Mais surtout, il découvre la loi de la gravitation universelle.

 Dans le chapitre sur l'étude du mouvement, Newton énonce trois lois :

 Loi 1 - Tout corps persévère dans l'état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite dans lequel il se trouve, à moins que quelque force n'agisse sur lui et ne le contraigne à changer d'état.

 Loi 2 - Les changements qui arrivent dans le mouvement sont proportionnels à la force motrice et se font dans la ligne droite dans laquelle cette force a été imprimée.

 Loi 3 - L'action est toujours égale et opposée à la réaction, c'est-à-dire que les actions de deux corps l'un sur l'autre sont toujours égales et dans des directions contraires.

 Ces lois contredisent le principe d'Aristote selon lequel la tendance naturelle d'un objet en mouvement le ramenait à l'état de repos et, fait remarquable, les lois du mouvement de Newton décrivent des phénomènes impossibles à observer au XVIIème siècle. Il peut sembler encore évident, aujourd'hui, à voir le mouvement des véhicules autour de nous, qu'un objet en mouvement finit toujours par devenir immobile. Mais nous savons que des satellites artificiels tournent autour de la terre pendant des années. Des films nous ont montré que si un astronaute lâche un objet devant lui cet objet reste immobile. Si l'astronaute lui donne une poussée, il poursuivra sa route dans la direction imprimée jusqu'à ce qu'il rencontre une paroi. S'il n'y avait pas de paroi, l'objet continuerait à se déplacer uniformément sur sa lancée. Newton, évidemment, n'avait jamais vu un film montrant des astronautes évoluant dans l'espace. Il fallait une grande audace de pensée pour contredire Aristote et affirmer des lois que les observations n'avaient jamais pu laisser supposer.

 C'est en observant la chute des corps sur terre que Newton imagine qu'elle est la conséquence d'une force qui maintient également la lune sur son orbite autour de la terre et les planètes sur leur orbite autour du soleil. La physique ancienne avait baptisé cet étrange phénomène "action à distance".  Elle intriguait fort Newton. Il avait l'impression que toute explication de la nature de la gravitation s'établissait au-delà de la compréhension. Il écrit dans son traité :

 Je n'ai pas été capable de découvrir la cause de ces propriétés de la gravitation à partir des phénomènes observés, et je ne propose aucune hypothèse... il est suffisant que la gravitation existe et qu'elle s'exerce selon les lois que nous avons exposées, et qu'elle rende compte ainsi de tous les mouvements des corps célestes.

 Par observations et par raisonnement, Newton édifie une mécanique céleste. Il montre que les phénomènes manifestés dans l'Univers sont structurés de façon compréhensible pour la raison. Les lois élaborées, le langage mathématique qui leur est associé, permet de prévoir le mouvement des planètes et leur position. C'est en appliquant la loi de gravitation universelle que Halley découvre que la comète qui porte aujourd'hui son nom suivait une orbite elliptique autour du soleil et qu'elle revient visiter l'humanité tous les 76 ans. La connaissance de ces lois permet même à l'astronome français Urbain Le Verrier de calculer la position d'une planète hypothétique qui expliquait les irrégularités de l'orbite d'Uranus. Cette huitième planète, qu'on appela Neptune, fut découverte en 1846 à la position prédite. C'était une autre preuve de l'exactitude des lois de la mécanique céleste.

 Le triomphe du déterminisme

 Il était donc démontré que Dieu, après avoir créé l'Univers, assistait ensuite à son évolution. La Raison semble pouvoir être en mesure de comprendre celle-ci. C'est une question de recherche. A Napoléon Bonaparte qui s'étonne de ne trouver aucune mention du Grand Architecte de l'Univers dans l'ouvrage "Mécanique Céleste" que lui offrait son auteur, l'astronome et mathématicien, Simon de Laplace, celui-ci lui répond : "Je n'ai pas besoin de cette hypothèse".  Cette confiance absolue accordée à la Raison gagne tous les domaines de l'activité humaine. Le XVIIIème siècle devient le Siècle des Lumières. La Raison triomphe de la rigueur dogmatique de l'Eglise qui n'avait jusqu'alors autorisé aucune vision de l'Univers qui s'écartât du témoignage des Ecritures. Il semblait désormais que la Science pourrait tout expliquer. Le monde devient une gigantesque horloge mécanique prévisible. On avance des hypothèses qui, auparavant, auraient été jugées hérétiques. Charles Darwin, en publiant en 1859 son "Origine des espèces " ne laisse même plus à l'homme la croyance d'avoir été créé par Dieu. Selon ce naturaliste, l'homme a pour ancêtre, en remontant le temps, des primates, des reptiles, des poissons, des invertébrés et à l'origine, des cellules primitives. L'âge de l'Univers, que Kepler et Newton avaient évalué à 6 000 ans, est trop court pour avoir permis cette évolution. Des millions d'années sont nécessaires. L'Univers qui s'était agrandi dans l'espace, s'agrandit dans le temps. Et dans cet Univers infini, tous les événements sont exprimés par des relations de cause à effet. C'est le principe philosophique du déterminisme. Pierre Simon de Laplace assurait au début du XIXème siècle :

 Nous devons envisager l'état présent de l'Univers comme l'effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre.

 Au XIXème siècle, les progrès de la science ont fait prendre à la Raison et à la Foi des chemins divergents.

 Au cours du XXème siècle, les scientifiques découvrent un Univers plus mystérieux, plus étrange qu'ils pouvaient même imaginer, un Univers déconcertant qui bouleverse nos conceptions philosophiques et les bases mêmes de notre logique. C'est un abbé, Georges Lemaître, qui propose, pour la Création, l'hypothèse du big-bang que la majorité des astrophysiciens admettent aujourd'hui comme modèle standard.

 En 1951, l'Eglise déclare officiellement cette hypothèse en accord avec la Bible.

 Une petite communauté de moines jésuites a créé un observatoire astronomique transféré en 1930 à Castelgandolfo, résidence d'été des papes située à 25 km de Rome. Un autre télescope sur le mont Graham, une montagne d'Arizona, est orienté essentiellement sur la cosmologie. La théorie du big-bang a semé le trouble dans la communauté religieuse. Les plus hautes instances de l'Eglise s'intéressent maintenant au développement de la science. En 1987, s'adressant aux participants du congrès commémorant à Castelgandolfo le tricentenaire des principes de Newton, le pape Jean-Paul II définit les relations actuelles de l'Eglise et de la science :

 L'Eglise ne propose pas que la science devienne religieuse et la religion une science. Au contraire, l'unité a toujours présupposé la diversité et l'intégrité de ses éléments. Le christianisme possède ses propres justifications et ne doit pas attendre de la science qu'elle en constitue une validation. Chacune doit et peut apporter à l'autre une dimension distincte, parties communes de la culture humaine.

 L'Eglise s'est adaptée aux nouvelles connaissances en astronomie. L'Univers stable est un modèle abandonné, sauf par quelques communautés en Iran, en Afrique du Sud et même aux Etats-Unis qui imposent encore la théorie du créationnisme.

 Il existe en France de nombreux mouvements d'athéisme. L'Union rationaliste fondée en 1930 par Henri Roger, physiologiste et Paul Langevin, physicien, appelle à lutter contre la croyance aux diverses révélations qui enseignent des dogmes incompatibles avec l'esprit scientifique. Les scientifiques rationalistes dénoncent la religion comme "une voie vers la soumission intellectuelle".

 Ce que la conduite des fondamentalistes irréductibles ne permet pas d'oublier.

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