Le christianisme

 Naissance de Jésus

 Et voici comment Jésus-Christ fut engendré. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait des Esprits Saints. Joseph, son époux, qui était un homme droit et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit. Il avait formé ce dessein quand l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :

"Joseph, fils de David, ne crains point de prendre chez toi Marie, ton épouse, car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ; elle enfantera un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés".

 Ainsi est présenté dans l'Evangile de Saint Matthieu la naissance divine de Jésus.

 Pour connaître la vie de Jésus, les chrétiens possèdent quatre documents, ce sont les Evangiles : ceux de saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et celui de l'apôtre saint Jean.

Les trois premiers sont appelés synoptiques, du mot grec qui signifie "mise en parallèle" parce que du même fait il est fréquent qu'ils donnent des récits analogues. Leur date est un problème qui soulève encore des débats. "On peut tenir pour certain que, moins de 50 ans après la mort du Christ, un Evangile au minimum existait sous la forme que nous connaissons et qu'au maximum, 80 ans après elle, les trois synoptiques étaient écrits" (Daniel-Rops, De quand datent les Evangiles, collection Janus). Le quatrième Evangile daterait de la période 96-104.

 Jésus a historiquement vécu. Aucun historien ne met en doute son existence. Pour le croyant, Jésus s'est affirmé comme étant Dieu. Sa vie est une question qui suscite les passions. 

 Jésus est né à Bethléem en 7 ou 6 av. J.-C, à l'époque où Rome avait placé à la tête de la Palestine, Hérode le Grand. L'Eglise a retenu le 25 décembre afin d'annexer la fête du culte de Mithra qui avait opposé une forte résistance au christianisme et qui célébrait le triomphe de la lumière sur les ténèbres. La naissance à Bethléem n'est pas certaine, Nazareth reste la localisation la plus probable, mais "le Messie se devant d'être le descendant de David, il n'était pas inutile de le faire naître dans la ville de la maison de David" (Jean-Claude Barreau, Biographie de Jésus).

 Jésus connaît l'enfance d'un jeune juif de milieu simple mais aisé. La religion de sa famille est le judaïsme orthodoxe du Temple. Il fait des études sérieuses à Nazareth où, jusqu'au-delà de la trentaine, il est comme son père, artisan de village.

 A cette époque, les Baptistes forment un mouvement de réveil spirituel. Ils proclament l'imminence du salut et célèbrent le baptême d'eau comme signe de renouveau. Jean est le meneur le plus connu de ce mouvement. Il décide Jésus, son cousin, à rompre avec sa vie artisanale. Jésus reçoit le baptême de Jean sur le Jourdain. Entouré de ses six premiers amis, il remonte vers le nord et commence sa vie de prédicateur itinérant. Il prêche à la manière des Pharisiens. Ceux-ci croient à la Résurrection et, en dehors de la Ville sainte où officie le clergé du Temple, président aux prières des synagogues de province.  Puis Jésus recrute six autres disciples qui se joignent à ses premiers amis et les institue "douze pour être avec lui et proclamer avec lui la bonne nouvelle", douze comme les douze tribus d'Israël.

 Les Pharisiens n'usent pas d'autorité et ne prétendent qu'observer strictement la loi de MoÏse. L'attitude de Jésus est différente.

L'enseignement de Jésus

 La religion qu'enseigne Jésus est une religion de bonheur :

Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux,

Heureux les doux car ils recevront la terre en héritage,

Heureux les affligés, car ils seront consolés,

Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés,

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde,

Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu,

Heureux les artisans de la paix, car ils seront appelés fils de Dieu,

Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des cieux est à eux,

Heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on vous calomnie de toutes manières à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers (Matthieu, Les Béatitudes).

C'est aussi une religion de fraternité :

"Ne vous faites pas appeler Rabbi ; car vous n'avez qu'un Maître, et tous vous êtes des frères » ( Matthieu VI, 23).

 L'attitude de Jésus envers les femmes est originale par rapport à celle de ses contemporains. On lui amène un jour une femme soupçonnée d'adultère. La Loi de Moïse prescrivait la lapidation (c'est toujours aujourd'hui une prescription de la loi musulmane : la charia ).

 Et toi, qu'en dis-tu ? Ils (les scribes et les Pharisiens) disaient cela pour lui tendre un piège, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils insistaient, il se redressa et leur dit : "Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre !" Et se baissant à nouveau, il se remit à écrire sur le sol. A ces mots, ils se retirèrent un à un, à commencer par le plus vieux ; et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : "Femme, où sont-ils ? Personne ne t'a condamnée ?" "Personne, Seigneur", répondit-elle - "Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus" (Jean  V, 8).

Dans le royaume de Jésus, on est seulement jugé sur l'amour. Mais, si l'on peut mériter la reconnaissance, on ne mérite pas l'amour. Jésus livre cet enseignement dans la parabole de l'Enfant prodigue. Le fils aîné se scandalise devant l'accueil réservé au fils fugueur et dit à son père :

 Voici tant d'années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau, à moi, pour festoyer avec mes amis ; et puis ton fils que voilà revient-il, après avoir dévoré ton bien avec les femmes, tu fais tuer pour lui le veau gras !" ( Luc IV,15)

 L'amour du père pour son fils aîné est gratuit. Il ne dépend ni de ses actions, ni de ses mérites.

 L'enseignement de Jésus implique une réforme totale des relations humaines, des comportements contraires à tous les premiers mouvements de colère, d'égoïsme, de mépris d'autrui. Ne pas juger son prochain, de peur d'être à son tour jugé par Dieu. Pardonner soixante-dix fois sept fois, et finalement toujours pardonner. Ne mépriser personne, pas même les prostituées, les ivrognes et les percepteurs. Reconnaître en toute occasion que tout homme, même le pire, est un autre soi-même. Partager les richesses. Ne pas répondre à l'agression.

 Si l'on vous frappe sur la joue droite, vous tendrez aussi la gauche : si l'on veut vous prendre votre tunique, donnez aussi votre manteau... Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent.

 Jésus est amené à prendre de plus en plus de distance avec les règlements minutieux et les interdits édictés par les scribes qui se voulaient être "les sages qui interprétaient la loi de Moïse". Il n'attache aucune importance aux rites de pureté concernant les aliments. Il conteste l'observance du Sabbat. La localisation du Temple de Salomon est pour lui secondaire. Il fustige ses prêtres docteurs de la Loi qui deviennent ses ennemis irréductibles.

 Alors l'opposition grandit. Il ne lui reste plus en Israël, en dehors de ses disciples, qu'un seul soutien, les zélotes, petits paysans et ouvriers, qui espèrent chasser les Romains par la force sous l'autorité d'un "messie" chef de guerre. Les zélotes voient en Jésus ce Messie qui doit les libérer.

 Jésus se rendit compte qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi ; alors il s'enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul. (Jean IV, 6 ).

 Le lendemain, Jésus adresse à la foule son enseignement :

Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté mais la volonté de celui qui m'a envoyé...

Oui, C'est la volonté de mon Père, que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle. (Jean IV, 6)..

 Mais après avoir entendu ces Paroles, nombre de ses disciples se retirèrent et cessèrent de l'accompagner. Jésus dit alors aux Douze :

 "Ne vous ai-je pas choisis, vous, les Douze ? Pourtant l'un de vous est un démon". Il parlait de Judas, fils de Simon Iscariote ; c'est lui en effet qui devait le livrer, lui, l'un des Douze. (Jean IV, 6,  La confession de Pierre)

La crucifixion

 Un complot, organisé dans ce but aboutit à l'arrestation de Jésus à la veille de la fête de Pâque. Condamné à mort comme blasphémateur par le Sanhédrin, la plus haute autorité rabbinique de l'époque devant lequel il se présente comme fils de Dieu, le prévenu est conduit au procurateur romain Ponce Pilate afin de ratifier la sentence. Mais Pilate ne trouve "aucun mal en cet homme". L'argument religieux reste inopérant. Il doit être tourné en accusation politique. Jésus ayant dit qu'il était le Messie attendu par le monde juif, n'a-t-il pas avoué qu'il était le roi d'Israël ? Ponce Pilate, découragé, l'abandonne aux mains de ses soldats. Après l'avoir couvert d'outrages, ces derniers le conduisent sur la colline nommée Golgotha et le crucifient. La croix du supplice porte en écriteau INRI (Jésus de Nazareth roi d'Israël), allusion directe à sa condamnation politique.

 Selon l'Évangile, trois jours après sa mort, un vendredi de l'an 30 ou de l'an 33, Jésus ressuscite. Les apôtres, réunis tous ensemble quelques semaines plus tard, le verront, Chacun reçoit de lui la mission de porter son message d'un bout à l'autre du monde.

Il fait de l'apôtre Pierre, qui s'établit à Rome, l'assise fondatrice de l'Eglise à naître : "Et moi, je te dis que tu es Pierre et sur cette Pierre je bâtirai mon église" (Matthieu V,16). L'apôtre Jean se fixe à Ephèse, Paul, surnommé l'Apôtre des gentils, arpente l'Asie Mineure, la Macédoine et la Grèce. Il domine l'histoire du début du christianisme. Par lui, la nouvelle religion se sépare du judaïsme.

L'enseignement de Paul : naissance du christianisme

 Paul, né à Tarse sous le nom de Saül, élevé selon la tradition juive comme un pharisien, se destinait à devenir un docteur de la Loi. Dix-huit mois environ après la mort de Jésus, il se convertit soudainement lors de la révélation sur le chemin de Damas.

 Cependant Saül, ne respirant toujours que menaces à l'égard des disciples du Seigneur, alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il y trouvait quelques adeptes de la Voie (la communauté chrétienne), hommes ou femmes, il les amenât enchaînés à Jérusalem. Il faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l'enveloppa de sa clarté. Tombant à terre il entendit une voix qui lui disait : "Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? - Qui es-tu, Seigneur ?" demanda-t-il. Et lui : "Je suis Jésus que tu persécutes. Mais relève-toi, entre dans la ville, et l'on te dira ce que tu dois faire". ( Les Actes des Apôtres).

 Paul a l'intuition que ce qui sauvait l'homme pour l'éternité, ce n'était pas "l'observance d'une Loi, mais l'adhésion vivante à une personne, c'était la Foi au Christ". Après la mort de Jésus, ses premiers disciples continuaient à pratiquer intégralement la religion juive et circoncisaient les adeptes de la nouvelle religion. Paul enseigne qu'il ne faut pas imposer aux païens l'entrée dans le judaïsme. L'obligation de la circoncision n'est donc pas nécessaire. Cette infraction à la Loi déclenche agitation et discussions. Il est décidé que Paul, Barnabé et quelques autres des leurs monteraient à Jérusalem auprès des apôtres et des anciens pour traiter de ce litige. Cette réunion est considérée comme étant le premier Concile. Leurs membres prennent la décision suivante :

 L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d'autres charges que celles-ci qui sont indispensables : vous abstenir de viandes sacrifiées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et de l'impudicité, choses contre lesquelles vous vous trouvez bien de vous tenir en garde. Adieu.

 Le christianisme est né. Il devient une religion universelle, dégagée de toute particularité de race, de culture et de civilisation. Aucune nation n'est privilégiée, même la race juive. Les fidèles accueillent au sein de leur communauté aussi bien l'homme que la femme, le maître que l'esclave, sans distinction de race ou de rang.

 Avec Néron (54-68 ap J.-C.), le pouvoir impérial s'inquiète de la progression de la nouvelle foi. L'empereur fait mettre à mort l'apôtre Pierre. Après l'incendie de Rome en 64, les adeptes, tenus responsables, affrontent les persécutions implacables. La communauté doit se cacher pour se réunir. Mais, malgré l'opposition du pouvoir impérial, le message de Jésus se répand aux quatre coins de l'empire romain.

De l'unité aux conflits religieux armés

La première église chrétienne est fondée, en clandestinité, à Lyon en 177.

Au IVème siècle, l'Église est présente dans tout le Bassin méditerranéen, jusqu'en Afrique du Nord.

Sous le règne de l'empereur romain Constantin, le christianisme est toléré (313). Sous celui de Théodose il devient, en 380, la religion de l'Empire.

L'essentiel de la foi catholique est résumé dans le Symbole de Nicée-Constantinople (325-381) et dans le Symbole des Apôtres fixé au VIIIème siècle dits, l'un et l'autre, Credo,  du premier mot latin du texte  "Je crois en Dieu, le Père tout puissant..." Des hommes font vœux solennels de pauvreté, de chasteté, d’obéissance à leurs supérieurs et vivent en groupe dans des monastères.

 Clovis qui adopta la religion catholique - et non l'hérésie arienne - devint naturellement le protecteur officiel des catholiques. Les guerres contre les Burgondes et les Wisigoths furent de véritables expéditions religieuses. "Lorsque tu combats, c'est nous qui triomphons" écrira à Clovis un évêque du pays des Burgondes.

 Mais c'est du Xème au XIIIème siècle, sous l'impulsion de la papauté, que  l'Europe chrétienne se lancera dans des entreprises militaires en Syrie et en Palestine

 En 1095, au Concile de Clermont, en Auvergne, le pape Urbain II raconte l'impossibilité, pour les pèlerins, de se rendre en Terre Sainte. Les musulmans, qui avaient conquis Jérusalem en 637, avaient respecté les lieux saints chers aux chrétiens. Ils n'avaient jamais mis d'obstacle aux pèlerinages devenus fréquents au XIème siècle. Mais les Turcs Seldjoukides, venus du Turkestan, avaient détruit l'empire arabe de Bagdad et s'étaient emparés de Jérusalem.

 Urbain II appelle les chrétiens aux armes pour la délivrance du Saint-Sépulcre. Tous les évêques sont invités à prêcher la Croisade.

Trois mois à peine après la prédication d'Urbain II à Clermont, une horde de douze mille personnes de tout âge, hommes, femmes et enfants se met en route sous la direction de Pierre l'Ermite et d'un pauvre chevalier, Gauthier sans Avoir. Sur la rive d'Asie, ils furent presque tous exterminés par les Turcs.

 Le 6 juin 1099, trois ans après leur départ, une armée de 30 000 hommes, fortement hiérarchisée, arrive près de Jérusalem. Le vendredi 15 juillet 1099, à trois heures, jour et heure de la mort du Christ, les Croisés donnent l'assaut et emportent la place.

 Jusqu'à la troisième Croisade provoquée par les succès remportés en Palestine par le sultan d'Egypte Saladin, l'objectif était de créer et de défendre les Etats latins de Terre Sainte. A la quatrième Croisade, après que le schisme eut opposé les Eglises d’Occident et d’Orient, de nouvelles ambitions se manifestent. Le 13 avril 1204, les Croisés mettent à sac Constantinople, "Reine des villes" de la chrétienté. La ville est pillée, les églises sont profanées. Le comportement des Croisés provoque une violente réaction des musulmans. Le dernier bastion des Croisés, Saint Jean d'Acre, tombe aux mains de leurs troupes en 1291.

En mai 2001, au cours de son voyage de réconciliation qu'il souhaite établir avec l'Eglise orthodoxe, le pape Jean Paul II fait acte de contrition pour les cruautés infligées aux chrétiens d'Orient, particulièrement lors de cette Croisade.

 Les pauvres chevaliers du Christ

 Hugues, chevalier croisé originaire de Payns en Champagne réunit à Jérusalem 9 autres compagnons qui prennent la dénomination de pauvres chevaliers du Christ. Ils font vœu de protéger les pèlerins en route vers Jérusalem et trouvent un modèle de vie spirituelle qui les aide dans leur quête de la sagesse. En 1118, ils prêtent serment d'amour pour l'humanité et cherchent à mettre un terme aux combats pour la foi entre chrétiens, juifs et musulmans. Deux siècles plus tard, ils seront 5 000 commanderies dispersées dans le monde connu.

Les donations des pèlerins reconnaissants permettent à l'ordre d'accumuler une immense fortune. A la chute du royaume franc, ils se replient sur leurs commanderies d'Europe et le maître de l'ordre établit la  maison chèvelaine  au Temple de Paris où le roi dépose le trésor royal.

 Mais les richesses et la puissance de l'Ordre des Templiers finissent par susciter la convoitise et l'inquiétude des rois. Leur ouverture religieuse semble devenir une menace pour l'Eglise. Le vendredi 13 octobre 1307, le Vatican et les principaux états européens organisent une vaste opération de police. Le roi de France Philippe IV le Bel fait arrêter les Templiers de son royaume sous l'accusation d'apostasie, d'outrage à la personne du Christ, de rites obscènes et d'idolâtries. Ceux qui "avouent" sous la torture sont condamnés à l'emprisonnement. Les relaps, revenus sur leurs aveux, sont livrés au bras séculier et voués au bûcher. Jacques de Molay, le dernier maître, est brûlé vif au centre de Paris avec l'un de ses compagnons.

 Le pape Clément V supprime l'Ordre et en attribue les biens aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem. En France, Philippe le Bel gardera cependant la meilleure part de ce qu'ils possédaient. Certains chevaliers réussissent à fuir en Espagne et au Portugal où ils sont reconnus innocents. Le roi Denis du Portugal les regroupe dans l'ordre des Chevaliers du Christ. Pour défendre son royaume de l'invasion sarrasine, Humbert Blanc, réfugié en Angleterre, y aurait perpétré leurs traditions. De 1808 à 1850, un illuminé, Raymond de Fabré-Palaprat (1775-1838) y reconstituera un pseudo Ordre du Temple dont il se proclamera le Grand Maître. Quelques Francs-maçons le rejoindront, convaincus que les deux institutions ont des origines communes.

Les guerres de religion

 En France, au XVIème siècle, tout le monde croit en Dieu, du plus riche au plus pauvre, du prince le plus puissant au sujet le plus insignifiant. L'Eglise donne aux catholiques l'image d'une organisation hiérarchique immuable, du Pape au curé le plus misérable. Elle enseigne que la Vérité qu'elle dispense est d'origine divine. Quiconque la conteste s'expose aux pires châtiments. Cet enseignement est accessible aux illettrés mêmes : il est sculpté dans la pierre des églises romanes, des cathédrales ogivales et dans les ornements de leurs vitraux.

 Et pourtant dans ce monde où la royauté elle-même revêt aux yeux du populaire un caractère divin, les idées nouvelles des réformistes s'insinuent (voir: les divisions). Dans le Midi, des régions entières sont passées à la Réforme. Au nord de la Loire, le protestantisme est plus diffus mais de grosses communautés existent dans les villes importantes comme Orléans, Paris, Rouen, Lyon et Meaux.

Selon le jugement des catholiques, les protestants font figure de révolutionnaires. Ce sont de dangereux agitateurs qui contestent les fondements de l'Eglise, des profanateurs qui infectent la société et attirent sur elle la colère divine.

De l'intolérance aux crimes :  les massacres de la Saint Barthélémy.

 A la mort de Henri II en 1559, le nouveau souverain François II n'a que 15 ans. Le pouvoir est confié à ses oncles François de Guise et le cardinal de Lorraine. Les rigueurs des persécutions provoquent une réaction chez les protestants qui projettent d'enlever François II afin de le soustraire à l'influence des Guises et porter au pouvoir Louis Ier, prince de Condé. La Conjuration d'Amboise échoue (1560). Il y aura 1200 exécutions.

 Catherine de Médicis, régente de 1560 à 1563, est favorable à une politique de modération. Mais, le Ier mars 1562, à Wassy, le duc de Guise et ses hommes massacrent des protestants réunis dans une grange pour y écouter un prêche. Cette tuerie déclenche la première guerre civile. Il y en aura huit de 1562 à 1598, auxquelles mettront fin autant d'édits de pacification faisant alterner tolérance et répression.

 L'épisode le plus horrible de ce conflit religieux est le massacre de la Saint-Barthélémy le 24 août 1572. De Paris, l'épidémie meurtrière gagne également la province : La Charité, Orléans, Meaux, Bourges, Saumur, Angers, Lyon, Troyes, Rouen, Toulouse, Gaillac, Bordeaux. On peut estimer que dans tout le royaume, entre 2 000 et 100 000 prsonnes ont été massacrées.

 Dans les mois qui suivent ces événements, les réactions sont diverses. De Rome vient l'approbation la plus totale. Grégoire XIII loue le Seigneur d'avoir inspiré Charles IX. Le 11 septembre lors du jubilé on annonce aux fidèles qu'à cette date sera célébré chaque année l'anniversaire de la Saint-Barthélémy. En Espagne, Philippe II félicite Charles IX et Catherine de Médicis de leur action.

 En Angleterre, la reine Elisabeth, qui n'est pas dupe, reçoit avec froideur l'ambassadeur français venu exposer la thèse royale du complot. Mais, soucieuse de ne pas rompre les pourparlers de son mariage avec le troisième fils de Catherine, le duc d'Alençon, le froid ne sera que passager.

 Ce ne sera qu'en août 1997, à l'occasion des Journées mondiales de la Jeunesse organisées par l'Eglise catholique à Paris, que le pape, publiquement, demandera le pardon pour les actes commis par les catholiques en août 1572

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