La vérité par la foi

De tout temps, les hommes ont été fascinés par le spectacle du ciel, le mouvement du Soleil, les aspects changeants de la Lune, la tapisserie des étoiles. L'Univers, à la fois familier et mystérieux, peut aussi faire naître l'angoisse. "Le silence éternel des espaces infinis m'effraie" écrira Pascal. Pour échapper à l'oppression que ce monde lointain, inaccessible, faisait naître en eux, les premiers hommes le peuplèrent d'êtres à leur image, animés par des sentiments humains comme l'amour, la colère. Leur vie ne pouvait être qu'éternelle. comme celle des astres. Ainsi naquirent les Dieux. Le récit de leurs aventures, de leurs passions, est conté dans les mythologies. Chacune d'elles est propre à une civilisation, un peuple, une religion. Henri Laborit (Dieu ne joue pas aux dés) explique la naissance de ces croyances par une certaine logique de raisonnement chez le primitif :

 L'homme primitif chercha un certain ordre à travers le désordre apparent du monde... Il attribua aux choses et aux êtres une conscience et un comportement analogues à ceux qu'il sentait confusément en lui... Il baignait dans un monde... au milieu duquel il se sentait inclus au même titre que les sources, les mers, les rochers et les autres êtres vivants. Il conversait avec eux, croyait en comprendre le langage, mais ne pouvait imaginer qu'ils eussent un pouvoir, bien que différent, supérieur au sien. Il lui fallait trouver, parallèlement à ce monde, un autre monde, source et origine de ces objets et de ces créations, plus ou moins semblables à lui, dont il faisait souvent sa nourriture, bien qu'en les respectant, car il avait à les combattre, et ce fut le monde des Dieux.

 

Aujourd'hui les mythologies entrent dans leur déclin.

Elles n'ont plus leurs fidèles, sauf certains initiés qui restent attachés à des croyances parce qu'ils en vivent et des spécialistes qui font le compte exact des mots qu'elles utilisent, des noms propres qui s'y fréquentent, des thèmes qui s'y croisent. Mais d'autres croyances ont pris naissance et comptent aujourd'hui des millions de fidèles.  (Jeanine Orgogozo-Facq - Initiation à l'histoire des religions)

 Préfaçant cet ouvrage Jean-Yves Leloup écrit:

L'homme ne vit pas que dans l'histoire, l'économie, les pulsions, il vit aussi dans le rêve. Les religions sont l'expression de cet imaginaire sans lequel il ne pourrait pas vivre, sans lequel il ne serait pas homme... Pour le gnostique, il ne fait aucun doute que l'homme est un "animal religieux" c'est-à-dire que par toutes sortes de moyens, il cherche à  "se relier",  à entrer en relation avec l'Absolu, avec l'origine, qu'on l'appelle Dieu, Allah, Tao, Nirvana ou d'un autre nom.

Dans "L'île", Aldous Huxley imagine une société dont la morale constituerait une réussite idéale. Il est reconnu, dans ce royaume, qu'étant donnée la nature humaine, les hommes ne peuvent s'empêcher de fabriquer des symboles, "comme les araignées ne peuvent s'empêcher de fabriquer des pièges à mouches". Parfois les symboles correspondent étroitement à certains aspects de la réalité extérieure, au-delà de notre expérience : c'est ainsi que naissent la science et le sens commun. Parfois, tout au contraire, les symboles n'ont quasi aucun rapport avec la réalité extérieure : c'est ainsi que naissent  la paranoïa et le délire. Le plus souvent, il y a un mélange à moitié réaliste et à moitié fantastique : c'est la religion.

 Dans l'histoire de l'humanité, le religieux est un phénomène permanent.

 Quand dès le XVème siècle, les explorateurs et les missionnaires occidentaux partent vers des terres lointaines, ils  découvrent en Amérique, en Asie et surtout en Afrique, des pratiques religieuses, considérées rudimentaires, marquées de fétichisme, d'idolâtrie, de sorcellerie. Les ethnologues qui ont par la suite étudié ces croyances ont constaté qu'elles présentaient, dans leur diversité, une identité essentielle. Ces cultes, dénommés jusqu'alors primitifs, étaient fondés sur la croyance en des esprits, des "âmes" animant tout ce qui existe. Considérés religions traditionnelles, ils ont été regroupés sous le terme d'animisme.

 Les peuples animistes se sentent reliés au cosmos. Pour eux, la vie est partout, chez les animaux, les végétaux, les minéraux.  Il existe un ordre du monde qui relie tous les éléments de la réalité qui n'est pas uniquement ce que l'on voit, ce qui  est accessible à nos sens, à notre compréhension. Ainsi la mort même est la face invisible de la vie. Le dieu suprême, impersonnel, immanent est diffus dans la multitude des choses. A ce dieu, on ne construit pas de temple, on n'offre pas de sacrifice. On le prie dans les moments difficiles de la vie. Et ce que l'animiste révère, ce n'est, par idolâtrie, ni l'animal, ni la plante, ni un objet particulier, c'est l'ordre des choses qui est en lui. Si des cérémonies rituelles marquent des instants privilégiés de la vie, toute la vie est rite. 

 Il y a un rite pour semer et un pour cueillir, un rite pour tisser et un pour forger, un rite avant de partir à la pêche ou à la chasse et un au retour... Ils imprègnent toutes les étapes  du jour et de l'existence : pour saluer le matin, et accueillir le soir, pour manger et boire. (Albert Samuel, Les religions aujourd'hui )

 Dans d'autres lieux, le phénomène religieux va prendre d'autres formes.

 Vers 2500 ou 3000 av. J.C., la révélation de Brahma écrite dans le Livre Sacré, le Véda, sera la source d'une pensée philosophique religieuse qui se développera et évoluera en Inde et en Extrême Orient.

 Plus récemment, au début du premier millénaire, au Moyen Orient, des Initiés disent avoir reçu la Révélation : l'Univers est l'oeuvre de Dieu, l'Etre Suprême. Ainsi se sont répandues les religions juive, chrétienne et musulmane. Ces religions enseignent la croyance en un Dieu unique. Mais chacune a ses symboles, ses rites, ses dogmes, son Livre Sacré. Aussi, au lieu d'unir les hommes, les religions monothéistes, filles toutes les trois du patriarche Abraham, les ont divisés. Des sectes se sont multipliées

 Et pourtant, ceux qui se déclaraient Prophètes ont ouvert la pensée sur des valeurs morales nouvelles. Des projets grandioses, la recherche de la fraternité chez tous les hommes ont été élaborés. Les hommes ont fait de ces principes des instruments d'ambition, de conquête, d'injustice.

 Peut-être, comme le remarquait l'écrivain Irlandais Jonathan Swift, parce que "nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr mais pas assez pour nous aimer".