Des Frères musulmans à Daech

Des Frères musulmans à Al-Qaeda et Daech

Après l’abolition, en 1924, du califat par Mustafa Kemal, premier Président de la République turque, et la suppression de la charia en Egypte, qui s’occidentalise sous la domination anglaise (les femmes se dévoilent), al-Banna, un instituteur qui a étudié le salafisme, retour au mode de vie des premiers musulmans contemporains de Mahomet, crée en 1928, avec douze disciples, les Frères musulmans. Leur devise : « Dieu est notre but, Mahomet notre chef, le Coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyre notre plus grande espérance ». Leur objectif : la prise du pouvoir pacifiquement, par l’islamisation et le rétablissement de la charia. Les Frères musulmans ont un succès foudroyant. Pour l’étouffer, le roi Farouk fait assassiner al-Banna. en 1949.

Sayyid Qutb, un Egyptien qui a fait ses études aux Etats-Unis où il a été scandalisé par la conduite de l’américaine « qui montre tout et ne cache rien », intègre à son retour en Egypte les Frères musulmans, pour la majorité internés dans des camps. Ardent militant d’un Etat islamique fondé sur la charia, il prône le djihad mondial, car « l’islam souhaite détruire tous les Etats et gouvernements qui sur la Terre sont opposés à l’idéologie et au programme de l’islam ». Dans son ouvrage, « Signes de piste », rédigé en camp de concentration, Qutb détruit les bases de l’Occident : le progrès (le monde ne peut être guéri que par l’islam), l’Etat illégitime (la seule souveraineté relève de Dieu et de la charia). Il y expose la théorie du combat par le sabre, la possibilité d’excommunier (le takfir reconnaît la déchéance du statut de musulman, celui-ci devenant mécréant), la nécessité d’une avant-garde, ce sera Al-Qaeda (la Base), pour créer des Etats islamiques. Condamné à mort en 1966, il refuse la main que lui tend Nasser. « Mes mots seront plus forts si je meurs ».(Sources Le Point- Comment comment tout a débuté)

Décidée à soutenir en Afghanistan un gouvernement communiste luttant contre une guérilla d'inspiration musulmane, l'Union soviétique envoie en 1979 un corps expéditionnaire qui occupe bientôt la capitale Kaboul et les axes stratégiques afghans. Un Palestinien, Abdullah Azzam, découvre la situation. En 1983, par une fatwa, il invite tous les musulmans du monde à rejoindre la lutte contre l’armée soviétique.

En Arabie saoudite, le chef des renseignements envoie Ben Laden, fils désoeuvré d’un milliardaire du pétrole saoudien, contrôler le mouvement d’Azzam. Mais, Ben Laden, élève des Frères musulmans dans sa jeunesse, est séduit par le mouvement d’Azzam et les deux hommes fondent le « Bureau des services » chargé de faire des recrues pour le djihad en Afghanistan. En 1985, l’Egyptien Ayman al-Zawahiri, proche du groupe sunnite qui a fait assassiner Sadate en 1981 les rejoint, après avoir purgé sa peine de prison au Caire. En 1988, il incite Ben Laden à fonder Al-Qaeda. Les forces communistes se retirent de l’Afghanistan en 1989.

En 1990, l’armée de Saddam Hussein, Président de la République d'Irak et membre du parti Baas qui a pour but l’unification des Etats arabes en une seule nation, envahit le Koweit. L’Arabie saoudite est menacée. Ben Laden propose son armée, une dizaine de milliers de combattants d’Afghanistan, mais l’Arabie préfère accepter l’aide américaine. Les Américains intervenant en Somalie, Al-Qaeda commet son premier attentat dans un hôtel d’Aden, base arrière des Etats-Unis, en 1992. Cette stratégie d’Al-Qaeda se développe dans de nombreux pays pour créer la terreur, mais elle ne parvient pas à ses espérances. Ben Laden poursuivi trouve refuge dans les montagnes afghanes où il déclare le djihad contre les Américains. En 1998, s’alliant avec les talibans, un groupe de fondamentalistes musulmans, il lance le « Front islamique mondial pour le djihad contre les juifs et les croisés » obligeant les musulmans à y participer. Des attentats seront perpétrés contre les ambassades américaines en Somalie (1992), au Kenya, en Tanzanie (1998) et aux Etats-Unis (11 septembre 2011). Le 2 mai 2011, Oussama Ben Laden est tué dans la ville d’Abbottabad au Pakistan au cours d’une opération américaine. Sa dépouille est immergée en haute mer.

La stratégie de Ben Laden est contestée par le Jordanien Al-Zarqaoui. Cet adolescent qui travaillait dans un video-club et qui avait des démêlés avec la police crée sa propre organisation et son propre camp dans la ville d’Hérat, en Afghanistan. Chassé par les Américains, il intègre une académie militaire de Saddam Hussein en Irak. Al-Zarqaoui transforme la notion de djihad. Il développe la haine des chiites, des apostats à supprimer. Il cible les traîtres musulmans. Son organisation devient « Al-Qaeda dans le pays des deux fleuves » et reprend l’idée de l’Etat islamique émise par le Groupe islamique armé en Algérie lorsqu’il avait tenté de prendre le pouvoir en 1992.

Dans un texte qui circule et diffusé pour la première fois sur Internet en 2004, "Gestion de la barbarie", Abou Bakr Naji (ce nom est probablement un pseudonyme collectif) explique comment le djihadisme peut vaincre les États-Unis « au prix d’une guerre planétaire et terroriste. En propageant partout la peur, la mort, la haine, en frappant les infidèles, musulmans et non musulmans, en ruinant les économies des puissances occidentales, se mettra en place une barbarie que les djihadistes auront à gérer. Et c’est de cette gestion qu’émergera le califat, la victoire d’Allah, le règne de l’ Oumma » (Source: Le Point - Comment tout a commencé).

Zarqaoui mondialise cette barbarie avec la video de l’Américain Nicholas Berg qu’il avait lui-même décapité.

Ce nouveau djihad est incarné par le Syrien Abou Moussab al-Souri. Dans son régime d’action, « il faut viser les enceintes de stade, les centres culturels, les concerts». Arrêté au Pakistan en 2005, remis à la Syrie, il aurait été libéré par Bachar el Assad en 2011, pratiquant ainsi la politique du pire pour persuader les Occidents de venir à sa rescousse (d’après Khashoggi, homme d’affaires saoudien. (Sources de renseignements : Le Point – Comment tout a commencé)

A la mort en 2006 de Zarqaoui, chef d’Al-Qaeda en Irak, Zawahiri tente de rependre le contrôle de cette branche. Des djihadistes locaux, jaloux de leur indépendance entreprennent la création d’un « Etat islamique en Irak ». En 2011, Al-Baghdadi, libéré par les Américains de la prison de Bucca où il séjournait, hérite de ce groupuscule.

Il fait franchir à ses troupes la frontière de la Syrie pour agrandir l’Etat islamique. La stratégie d’Al-Baghdadi s’inspire des Frères musulmans : il restitue le pouvoir local à des acteurs locaux. Mais il établit un régime de terreur : égorgements, crucifixions, viols. Sont persécutés ceux qui ne sont pas musulmans sunnites (les chiites et les chrétiens) ou ceux qui ne respectent pas à la lettre la charia.

L’Etat islamique s’affranchit progressivement d’Al-Qaeda en cherchant des sources de financement autonomes : exploitation des puits de pétrole dont il s’empare, trafic d’antiquités, prises d’otages avec des rançons se comptant en millions de dollars, brigandages, rackets et levées d’impôts sur les territoires qu’il contrôle. L’EI reçoit aussi beaucoup d’argent de donateurs privés sunnites des pays du Golfe.

L’Etat islamique devient autonome en 2013. Après un rapprochement avec le front Al-Nostra, le groupe représentant Al-Qaida en Syrie, l’ «Etat islamique en Irak » devient l’"Etat islamique en Irak et au Levant», désigné aussi par l’acronyme arabe Daech.

Le 29 juin 2014, premier jour du mois de ramadan, Al-Baghdadi se proclame calife sous le nom d'Ibrahim, affirmant ainsi devenir le commandeur des musulmans. Il n'est cependant pas reconnu légitime par les principales autorités musulmanes, ni même par l'ensemble des groupes salafistes djihadistes.

Le djhadisme combatif a évolué depuis la création des Frères musulmans. Al-Qaeda est une organisation nomade, sans frontières, l’Etat islamique est un projet avec un territoire qu’il conquiert actuellement en Irak et en Syrie. C’est un Etat théocratique totalitaire, avec sa bureaucratie, sa police, ses tribunaux. Le but pour les deux mouvements est le même : faire naître le chaos par la terreur, diviser la population, affaiblir le pouvoir. La France est particulièrement visée parce qu’elle est une terre de liberté, de démocratie, de laïcité, ce qui est l’antithèse d’Al-Qaeda et de Daech.

Le simple croyant est habilité à mener le djihad en lieu et place des Etats. Avant de combattre il doit, selon un texte d’Al-Zawahiri, « L’alliance et le désaveu », se désavouer, c’est-à-dire rompre avec la société, le milieu qui l’entoure. Des individus dans des organisations d’avant-garde désignent l’ennemi.

Cette conception de l’islam révolte la majorité des musulmans qui s’attachent à la Sourate V-32 du Coran :

« Celui qui a tué un homme qui lui-même n’a pas tué ou qui n’a pas commis de violence sur la terre est considéré comme s’il avait tué tous les hommes et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé l’humanité ».

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