Les procès du singe

En 1920, aux Etats-Unis, William Jennings Bryan, précédemment candidat trois fois à la Présidence, apporte son soutien à un amendement constitutionnel visant, pour retrouver « les vraies valeurs », à interdire dans les écoles l’enseignement de l’évolution des espèces qui développerait l’athéisme et serait cause des horreurs de la guerre et de la révolution russe. Il s’ensuit trois procès.

En 1925, premier procès, dénommé «procès du singe »: John Thomas Scopes, professeur enseignant l’évolutionnisme à Dayton est condamné.

En 1980, deuxième procès. à Little Rock, dans l’Arkansas : la loi qui obligeait à enseigner à temps égal la théorie de l’évolution et la « science de la création », est déclarée non conforme à la Constitution. Le jugement fait jurisprudence et en 1987. la Cour Suprême abroge les lois semblables dans d’autres Etats.

Dans les années 1990, des scientifiques fondamentalistes protestants, catholiques et des membres de la secte Moon inventent une nouvelle théorie, l’« Intelligent design». « Le but ultime, précise le professeur de droit Philip Johnson, est d’affirmer que Dieu existe et de combattre Darwin ».

En 2005, troisième procès de Dover. Le tribunal déclare que l’« Intelligent design» ne répond pas aux critères de la science et que son argumentation est la même que celle avancée par la science créationniste.

Le créationnisme, qui s’est développé depuis un quart de siècle aux Etats-Unis, se propage partout dans le monde. Un musée de la création est ouvert à Nouméa, un autre à Cincinnati au Kentucky.

En 2007, un auteur turc, Harun Yahya, publie l’« Atlas de la création » qui reprend les arguments des créationnistes américains : les êtres vivants naquirent spontanément et complètement formés. L’objectif d’Harun Yahya est d’éliminer l’enseignement de l’évolution directement liée, selon lui, au matérialisme, au nazisme, au communisme et au bouddhisme. Des moyens financiers considérables lui permettent de distribuer massivement son atlas dans des institutions scolaires et universitaires d’Europe et d’Amérique.

Et pourtant, l’idée d’évolution était exprimée chez divers penseurs islamiques médiévaux.

Pour Al Jahiz (776-868), l’évolution se développe par trois mécanismes : la lutte pour l’existence, la transformation des espèces, l’influence de l’environnement.

L’historien maghrébin Ibn Khaldoun (1335-1405) voyait un progrès graduel de la création. Il écrivait « Le plan humain est atteint à partir du monde des singes » et « Le premier niveau humain vient après le monde des singes ». La notion de renouvellement de la création est inscrite dans le Coran : « Il crée chaque jour quelque chose de nouveau. » (Sourate LV, 29)

Le croyant peut-il nier la science?

Nos connaissances scientifiques se développeront de plus en plus rapidement, La foi en Dieu ne peut les nier.

Elles peuvent la conforter comme les premières lois découvertes par les précurseurs de la science au XVIIème siècle confortaient leur croyance: l’ordre du monde qu’elles dévoilaient ne pouvait être que l‘Œuvre du Créateur.

Reconnaître que l’Univers évolue depuis le Big Bang, théorie admise par l’Eglise, que la vie elle-même évolue depuis l’apparition des premières cellules vivantes jusqu’à la venue de l’Homme moderne, ce n’est pas inférioriser la toute Puissance du Créateur. La question du philosophe et mathématicien allemand du XVIIème siècle, Leibniz, se posera pour longtemps encore : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? ». Le Doigt de Dieu était peut-être dans le premier atome dont la brutale expansion a permis la création de l’Univers. La science ne peut l’infirmer.

 

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